Nuits électriques

du 04 avril au 20 septembre 2020

Entre curiosité, fascination, nostalgie, la nuit urbaine, qui s’éclaircit progressivement avec le développement des réseaux, devient un sujet essentiel pour les artistes du XIXe et du début du XXe siècle. L’exposition Nuits électriques entend aborder la question de cette mutation du paysage urbain public nocturne et de sa représentation ou de sa transcription par les artistes, au cours de cette période de profonds bouleversements qui s’étend des années 1850 à la veille de la Première Guerre mondiale.
Nuits électriques
Siècle majeur de transformations, le XIXe siècle voit le paysage urbain nocturne évoluer radicalement, avec l’apparition de l’éclairage artificiel au gaz et à l’électricité. Longtemps obscure, la nuit s’est progressivement éclaircie, au gré de la lente amélioration des techniques d’éclairage. Au début du XIXe siècle à Paris, les lanternes sont déjà largement remplacées par les réverbères à huile puis au gaz. Ce dernier s’impose bientôt, à Londres et dans les grandes villes américaines, allemandes et françaises au mitan du siècle, très vite concurrencé par l’électricité. L’invention en 1879 de la lampe à incandescence par Thomas Edison marque une étape importante dans l’histoire de l’éclairage. De la fin des années 1880 aux années 1920, l’Europe et l’Amérique s’enthousiasment pour la « Fée électricité », synonyme de progrès, d’énergie et de vitalité. Les passages d’abord, puis les boulevards des villes s’allument de mille feux, mais aussi les immeubles, les grands magasins, les salles de spectacle et les terrasses des cafés. Avant eux, les chantiers, les ports, les gares, avaient fait l’objet des premières expérimentations d’éclairage avec la lumière à arc électrique, répondant à la nécessité de permettre la poursuite de l’activité économique sans l’interruption imposée par la tombée de la nuit.
 
Henri de TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901), L'Aube, revue illustrée, 26 quai d'Orléans, 1896, lithographie en deux couleurs. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie. © Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Henri de TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901), L'Aube, revue illustrée, 26 quai d'Orléans, 1896, lithographie en deux couleurs. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie. © Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Ce n’est pourtant qu’à la veille de la Première Guerre mondiale que la lumière électrique finit par se généraliser. Fait remarquable, aucune des avancées technologiques ne s’est rapidement imposée au détriment des autres. Le paysage urbain nocturne de la seconde moitié du XIXe siècle voit donc se côtoyer des types d’éclairage différents : le souvenir des lanternes à huile, premières cibles des révolutions et insurrections parisiennes, n’est pas loin, tandis que la lumière au gaz dispensée par les réverbères devient dominante à Paris dans les années 1840, progressivement concurrencée par la lumière électrique, elle aussi répandue par les réverbères ou par de hauts pylônes pour l’électricité à arc. Mais l’obscurité fait toujours partie de ce paysage. Au Paris lumineux s’oppose un Paris ombreux, celui des quartiers populaires, de la périphérie où l’éclairage est beaucoup plus rare, inégal et discontinu. 
 
Piet VAN DER HEM (1885-1961), Moulin rouge, vers 1908-1909, huile sur toile, 81 x 100 cm. Collection particulière. © Droits réservés
Piet VAN DER HEM (1885-1961), Moulin rouge, vers 1908-1909, huile sur toile, 81 x 100 cm. Collection particulière. © Droits réservés
A chaque type de lumière, sa température, sa puissance, sa proximité ou son éloignement, son mouvement ou sa fixité, et son ambiance particulière. Jusqu’en 1914, le paysage urbain nocturne est donc complexe et varié. La nuit s’efface inégalement ou résiste encore. L’éclairage artificiel offre des expériences visuelles nouvelles. « Un décor de rêve où le jaune tremblant du gaz se marie à la frigidité lunaire de l’étincelle électrique » (Walter Benjamin). Mais cette révolution fondamentale du cadre de vie s’accompagne de débats, de questionnements, dont les artistes vont être des témoins curieux, attentifs, parfois sceptiques ou passionnés.
 
Paris, « ville lumière », visitée par tant d’artistes étrangers, sera bien sûr au cœur du propos, mais l’exposition abordera de manière plus large cette question de la métamorphose de l’environnement lumineux des villes européennes.
 
Eugène JANSSON (1862-1915), Nocturne, 1900, huile sur toile, 136 x 151 cm. Gothenburg, Museum of Art, Suède. © Hossein Sehatlou - Göteborgs konstmuseum - 2015 / GKM 0315
Eugène JANSSON (1862-1915), Nocturne, 1900, huile sur toile, 136 x 151 cm. Gothenburg, Museum of Art, Suède. © Hossein Sehatlou - Göteborgs konstmuseum - 2015 / GKM 0315
L’exposition réunira près de 150 œuvres, peintures, dessins, gravures, photographies et films provenant de collections publiques et particulières européennes. On y retrouvera des artistes connus (Pissarro, Luce, Steinlen, Bonnard, Munch, Van Dongen, Sonia Delaunay…) et d’autres artistes européens, célèbres dans leur pays mais le plus souvent méconnus du public français, comme le Suédois Eugen Jansson, le Britannique Atkinson Grimshaw, le Polonais Josef Pankiewicz ou l’Espagnol Dario de Regoyos.

Parcours de l’exposition :
  1. Le réverbère, nouvel élément du paysage urbain moderne
  2. Un paysage nocturne contrasté. L’éclairage comme marqueur social
  3. L’éclairage artificiel comme expérience visuelle nouvelle
  4. Rêveries nocturnes
  5. Nocturnes photographiques
  6. La lumière en face
Commissariat :
Annette Haudiquet, Directrice du MuMa - Musée d’art moderne André Malraux au Havre
 
Cette exposition est organisée dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste 2020.
 
Exposition réalisée avec le soutien exceptionnel du Musée d’Orsay.
 
Exposition réalisée avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France.
 
Cette exposition s’inscrit dans la programmation d’Un Eté Au Havre 2020, saison estivale culturelle sous la direction artistique de Jean Blaise et coordonnée par le GIP Un Eté Au Havre.
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