Né(e)s de l’écume et des rêves

du 05 mai au 09 septembre 2018

Premier musée reconstruit en France après la seconde guerre mondiale, inauguré en 1961 par André Malraux, le MuMa – Musée d’art moderne André Malraux bénéficie d’un emplacement exceptionnel dans la ville du Havre reconstruite par Auguste Perret. Face à la mer, à l’entrée du port, son architecture de verre et d’acier d’une grande modernité permet une ouverture assez extraordinaire sur le paysage marin, sur cet estuaire de la Seine qui a attiré tant d’artistes.
Cette exposition, Né(e)s de l’écume et des rêves, s'inscrit naturellement dans ce cadre somptueux et sera le moment phare des manifestations de l'été 2018 au Havre !
Né(e)s de l’écume et des rêves
Cette proximité avec la mer, comme la nature des collections conservées, articulées essentiellement autour de la peinture française de la seconde moitié du XIXe siècle et des premières décennies du XXe, oriente en grande partie la programmation des expositions.

Dans le prolongement d’expositions consacrées au motif de la vague en 2004, ou de celui du port (Sur les quais. Ports, docks et dockers, de Boudin à Marquet en 2008, Signac et les ports de France en 2010 ou encore Pissarro et les ports. Rouen, Dieppe, Le Havre en 2013), le MuMa organise à l’été 2018 une exposition intitulée Né(e)s de l’écume et des rêves.
 
Paul-Alex DESCHMACKER (1889-1973), La grande sirène bleue, vers 1937, huile sur toile, 1,21 m x 2,11 m. Roubaix, La Piscine, musée d’Art et d’Industrie André Diligent. ©Musée La Piscine
Paul-Alex DESCHMACKER (1889-1973), La grande sirène bleue, vers 1937, huile sur toile, 1,21 m x 2,11 m. Roubaix, La Piscine, musée d’Art et d’Industrie André Diligent. ©Musée La Piscine
Né(e)s de l’écume et des rêves interroge la question des imaginaires liés à la mer chez les artistes de la seconde moitié du XIXe puis du XXe siècle, au moment décisif où le regard sur l’univers marin se transforme, porté par une nouvelle discipline, l’océanographie.

Les avancées de la science, les premières explorations des fonds marins, modifient en effet fondamentalement la connaissance de l’océan. En 1859 Darwin publie son livre sur la théorie de l’évolution, la même année, le premier câble téléphonique sous-marin entre l’Europe et l’Amérique est posé, le premier laboratoire français de zoologie et physiologie marine est créé à Concarneau bientôt suivi d’une douzaine de stations maritimes sur les côtes françaises. La littérature, avant les arts plastiques, met l’océan à l’honneur avec la parution de grandes œuvres au cours des années 1860 : La mer de Jules Michelet en 1861, Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo en 1866 et Les Chants de Maldoror de Lautréamont en 1868-1869 ou encore Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, grand roman d’aventure réactualisant le mythe de l’Atlantide et popularisant la figure du capitaine Nemo et de son sous-marin le Nautilus.
 
Henri GERVEX (1852-1929), Naissance de Vénus, 1907, huile sur toile, 160,5 x 200 cm. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais. © Petit Palais / Roger-Viollet
Henri GERVEX (1852-1929), Naissance de Vénus, 1907, huile sur toile, 160,5 x 200 cm. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais. © Petit Palais / Roger-Viollet
Au Salon de Paris de 1863, ce sont pourtant de classiques « Naissances de Vénus » qui font parler d’elles. Bientôt, sous le coup de cette ouverture scientifique, l’imagination des artistes se dégage des grands textes (l’Odyssée…) ou des grands mythes de l’Antiquité pourvoyeurs de tant d’histoires et de personnages, pour se débrider.

On assiste alors dans les salles d’exposition, à une prolifération de monstres marins, êtres ambivalents, mi-hommes, mi-animaux. Les sirènes perdent leurs ailes pour se transformer en femmes-poissons. Rodin, Böcklin, les peintres anglais de l’époque victorienne et de nombreux autres se laissent emporter par leur imagination. Cependant, les arts décoratifs empruntent à tout, un répertoire marin leurs formes et leurs sujets : algues, hippocampes, coquillages, poissons.
Entre 1899 et 1904, la publication illustrée de 100 planches d’organismes planctoniques et de méduses d’Ernst Haeckel révèle au monde entier l’impressionnante beauté du monde biologique marin. Ses représentations auront une importance décisive sur le courant de l’Art nouveau au début du XXe siècle. Plus tard, dans l’entre-deux-guerres, les surréalistes trouveront dans les images scientifiques, notamment dans l’inquiétante étrangeté des films de vulgarisation scientifique de Jean Painlevé une source d’inspiration nouvelle.
 
PIERRE ET GILLES - Pierre Commoy (1950) et Gilles Blanchard (1953), Capitaine Nemo, 2004, photographie peinte, 129,8 x 189,3 cm . Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris. © Pierre et Gilles
PIERRE ET GILLES - Pierre Commoy (1950) et Gilles Blanchard (1953), Capitaine Nemo, 2004, photographie peinte, 129,8 x 189,3 cm . Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris. © Pierre et Gilles
L’exposition se poursuivra avec des œuvres très contemporaines. On s’intéressera notamment à ce renversement inattendu et assez fascinant des peurs : pendant des siècles l’océan a suscité l’effroi or c’est maintenant l’homme qui a peur pour l’océan. Les préoccupations engendrées par le réchauffement climatique, par une surexploitation des ressources biologiques, par la pollution trouvent écho dans de nouvelles créations.



Le commissariat scientifique de cette grande exposition est assuré par :
Denis-Michel Boëll, conservateur général du Patrimoine et naguère directeur-adjoint du musée national de la Marine à Paris
Marc Donnadieu, Chef de la conservation du musée de l’Elysée à Lausanne
Annette Haudiquet, directrice du MuMa.
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