Né(e)s de l’écume et des rêves

du 05 mai au 09 septembre 2018

Les artistes et la mer du XIXe siècle à nos jours

Exposition phare du printemps et de l’été 2018, Né(e)s de l’écume et des rêves interroge la question des imaginaires liés à la mer, à l’océan et aux abysses chez les artistes de la seconde moitié du XIXème puis du XXème siècle, au moment décisif où le regard sur le monde sous-marin se transforme, porté par une discipline nouvelle, l’océanographie.

Dans l’écrin d’une architecture ouverte sur le paysage maritime et portuaire du Havre, le parcours dévoile 180 œuvres, peintures, dessins, sculptures, photographies, vidéos, verres, céramiques… réalisées par près de 100 artistes dont Anna Atkins, Gustave Moreau, Arnold Böcklin, Auguste Rodin, Emile Gallé, Max Klinger, Adolf Hiremy-Hirschl, Jean-Francis Auburtin, Mathurin Méheut, Man Ray, Max Ernst, Brassaï, Jean Painlevé, Philippe Halsmann, Pierre et Gilles, ou encore Nicolas Floc’h et Elsa Guillaume…
 
Sous le commissariat d’Annette Haudiquet, directrice du MuMa, Denis-Michel Boëll, conservateur général du Patrimoine et Marc Donnadieu, conservateur en chef au musée de l’Elysée (Lausanne), Né(e)s de l’écume et des rêves réunit un ensemble inédit issu de nombreuses collections publiques et privées françaises et internationales dont le Centre Pompidou (70 œuvres), le musée d’Orsay, le Petit Palais, le musée Rodin, la Cinémathèque Française, le Palais des Beaux-Arts de Lille, le musée de l’Ecole de Nancy, l’Indianapolis Museum of Art, la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague…

 
Né(e)s de l’écume et des rêves
Le siècle de la science

Le XIXème siècle est marqué par des avancées scientifiques radicales qui modifient considérablement le regard de l’homme sur son environnement.
 
En 1859, Darwin publie son livre sur la théorie de l’évolution. La même année, le premier câble téléphonique sous-marin entre l’Europe et l’Amérique est posé tandis que le premier laboratoire français de zoologie et physiologie marine est créé à Concarneau, bientôt suivi d’une douzaine de stations maritimes sur les côtes françaises. Dès lors, celles-ci deviennent des  terrains d’observation privilégiés pour  de nombreux artistes, comme Jean-Francis Auburtin ou Mathurin Méheut alors que Louis Boutan expérimente dès 1898 la photographie sous-marine à Concarneau. Parallèlement, le Suisse Arnold Böcklin se passionne pour les recherches effectuées à la station de zoologie marine de Naples, fondée en 1872.  
 
Mais avant la peinture, c’est la littérature, qui met l’océan à l’honneur à travers la parution de trois textes fondateurs au cours des années 1860 : La Mer de Jules Michelet en 1861, Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo en 1866 et Les Chants de Maldoror de Lautréamont en 1868-1869. Gustave Doré illustre Les Travailleurs de la mer dès 1867, dix ans avant d’interpréter la Complainte du Vieux marin de Coleridge. En 1869, Jules Verne publie son roman d’aventure Vingt mille lieues sous les mers, qui réactualise le mythe de l’Atlantide et popularise la figure du Capitaine Némo et de son sous-marin Nautilus, en grande partie grâce aux illustrations d’Alphonse de Neuville et d’Édouard Riou.

 
Paul-Alex DESCHMACKER (1889-1973), La grande sirène bleue, vers 1937, huile sur toile, 1,21 m x 2,11 m. Roubaix, La Piscine, musée d’Art et d’Industrie André Diligent. © Musée La Piscine, Dist. RMN-Grand Palais/Arnaud Loubry
Paul-Alex DESCHMACKER (1889-1973), La grande sirène bleue, vers 1937, huile sur toile, 1,21 m x 2,11 m. Roubaix, La Piscine, musée d’Art et d’Industrie André Diligent. © Musée La Piscine, Dist. RMN-Grand Palais/Arnaud Loubry
Vénus, sirènes & monstres marins
 
Au Salon de Paris de 1863, ce sont pourtant de classiques  « Naissance de Vénus » qui font toujours l’actualité artistique, celles de Cabanel, de Baudry et d’Amaury-Duval. Mais très vite, sous le coup de cette ouverture scientifique, l’inspiration ou l’imagination des artistes se dégage des mythes de l’Antiquité et des grands textes classiques pourvoyeurs de tant d’histoires et de personnages marins (Ulysse et les sirènes, Vénus, Andromède, Méduse, Ondine ...)  afin de mieux s’ouvrir sur des récits, des formes ou des motifs presque inconnus. Gustave Moreau ou Odilon Redon illustrent à merveille ce glissement. On assiste dès lors dans les salles d’exposition, à une prolifération de fantasmagories marines, de monstres hybrides, ambivalents : femmes-poissons, femmes-hippocampes… Les sirènes, figurées par Auguste Rodin, Arnold Böcklin et les peintres anglais de l’époque victorienne, perdent leurs ailes et, transformées en femmes-poissons, entraînent poètes et pêcheurs par le fond.
 
Entre 1899 et 1904, la publication illustrée des cent planches d’organismes planctoniques et de méduses d’Ernst Haeckel révèle au monde entier la splendeur de la faune marine. Une approche plus naturaliste de l’herbier et du bestiaire marins va ainsi, au tournant du siècle, nourrir le champ des arts décoratifs ou des arts appliqués, en particulier le courant de l’Art nouveau, du maître-verrier Émile Gallé aux céramistes Eugène Feuillâtre ou Auguste Heiligenstein, sans oublier Alexandre Bigot ou Jean-Émile Laboureur. Dirigée par Eugène Grasset, la revue Art et décoration dépêche ainsi à l’aquarium de Roscoff Maurice Pillard-Verneuil et Mathurin Méheut afin de tirer de l’observation de la vie des profondeurs des interprétations décoratives aussi fines que surprenantes. La musique ne sera pas en reste à travers les compositions océaniques de Claude Debussy, Maurice Ravel ou Camille Saint-Saëns.
 
Henri GERVEX (1852-1929), Naissance de Vénus, 1907, huile sur toile, 160,5 x 200 cm. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais. © Petit Palais / Roger-Viollet
Henri GERVEX (1852-1929), Naissance de Vénus, 1907, huile sur toile, 160,5 x 200 cm. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais. © Petit Palais / Roger-Viollet
Visions modernes & Surréalistes
 

Au cours de l’entre-deux-guerres, les modernes regarderont le monde sous-marin soit comme l’expression d’un paradis perdu, soit comme le miroir enchanté du monde aérien. Les distances, les frontières et les horizons s’en retrouveront irrémédiablement chamboulés sous la plume d’André Breton, sous les ciseaux de Max Ernst ou sous les pinceaux d’Hans Reichel. Les surréalistes trouveront surtout dans les films de vulgarisation scientifique de Jean Painlevé la preuve que le réel peut déclencher autant sinon plus de visions imaginaires que l’esprit humain – cette magique circonstancielle qu’appelait de ses vœux André Breton. Algues, planctons, coraux, poulpes, méduses, hippocampes et autres étoiles de mer peuplent ainsi les photographies de Laure Albin Guillot, de Brassaï, de Man Ray ou d’André Steiner.
 
Et parfois, sous le regard de Jacques-André Boiffard, d’Heinz Hajek-Halke ou de Roger Parry, ces apparitions marines font elles surgir, telles des explosante-fixe (André Breton), les matières du rêve lui-même. Nourris des visions chimériques de Victor Hugo, de Lautréamont, de Joris-Karl Huysmans ou d’Alfred Jarry mais aussi des montées des totalitarismes, de nouveaux monstres apparaissent également comme en témoignent les expérimentations de Lucien Lorelle, de Raoul Ubac, de Wols, puis de Simon Hantaï ou de Judit Reigl. La figure de l’aquarium se transforme de même, passant du modèle réduit océanique à l’univers du prestidigitateur ou du music-hall ; de spectaculaire, elle devient ainsi nouveau spectacle traversé de beauté convulsive et d’érotique-voilée (André Breton).

 
PIERRE ET GILLES - Pierre Commoy (1950) et Gilles Blanchard (1953), Capitaine Nemo, 2004, photographie peinte, marouflée sur aluminium, encadrée par les artistes, 164 x 224.3 x 9.3 cm avec cadre. Collection François Pinault. © Pierre et Gilles
PIERRE ET GILLES - Pierre Commoy (1950) et Gilles Blanchard (1953), Capitaine Nemo, 2004, photographie peinte, marouflée sur aluminium, encadrée par les artistes, 164 x 224.3 x 9.3 cm avec cadre. Collection François Pinault. © Pierre et Gilles
L'océan, quel avenir ?
Des artistes invités à participer aux expéditions scientifiques des temps nouveaux

Aujourd’hui, les peurs anciennes n’ont plus cours : durant des siècles, les océans suscitaient l’effroi, maintenant c’est l’être humain qui a peur pour le biotope marin. Le réchauffement climatique, la surexploitation des ressources biologiques ou la pollution des mers du globe trouvent écho au sein d’une création contemporaine.
Parmi ces artistes, Elsa Guillaume, plasticienne de 28 ans, présentera la pièce Spacesuit, scaphandre de céramique et d’émaux, plan éclaté et suspendu, réalisé à São Paulo en 2012, ainsi que deux pièces spécialement créées pour l’exposition : un dessin in-situ long de 14 mètres, mêlant cavaliers marins et fonds abyssaux, devant lequel viendra se poser, en résonance et une installation composée de deux  grandes araignées de mer en porcelaine. Quant à Nicolas Floc’h, artiste aux multiples facettes mêlant, peinture, sculpture et photographie, questionnant les environnements aquatiques, ses paysages et ses mutations, il présentera quatre tirages grands formats de ses photographies de fonds sous-marins d’Ouessant, et de Kuroshio au Japon prises lors de son expédition sur la goélette Tara en 2017. Observant les effets du réchauffement climatique et l’acidification des océans, Nicolas Floc’h nous invite à découvrir les images de ces deux séries reflétant ces paysages sous-marins en pleine mutation.

Un musée face à la mer
 
Premier musée reconstruit en France après la seconde guerre mondiale, inauguré en 1961 par André Malraux, le MuMa – Musée d’art moderne André Malraux bénéficie d’un emplacement exceptionnel dans la ville du Havre reconstruite par Auguste Perret. Face à la mer, à l’entrée du port, son architecture de verre et d’acier d’une grande modernité permet une ouverture extraordinaire sur le paysage marin, sur cet estuaire de la Seine qui a attiré tant d’artistes.
 
Cette proximité, comme la nature des collections conservées, articulées essentiellement autour de la peinture française de la seconde moitié du XIXe siècle et des premières décennies du XXe, oriente en grande partie la programmation des expositions. Né(e)s de l’écume et des rêves s’inscrit dans le prolongement d’expositions consacrées au motif de la vague (Vagues. Autour des paysages de mer de Gustave Courbet en 2004), et de celui du port (Sur les quais. Ports, docks et dockers, de Boudin à Marquet en 2008, Signac et les ports de France en 2010 ou encore Pissarro et les ports. Rouen, Dieppe, Le Havre en 2013).

Le commissariat scientifique de cette grande exposition est assuré par :
Annette Haudiquet, directrice du MuMa
Denis-Michel Boëll, conservateur général du Patrimoine
Marc Donnadieu, conservateur en chef au musée de l’Elysée (Lausanne)chef de la conservation du musée de l’Elysée (Lausanne) 

Cette exposition s’inscrit dans la programmation d’Un Eté au Havre, saison estivale culturelle, née à l’occasion des festivités liées aux 500 ans de la Ville et du Port du Havre en 2017.
 
Un Eté au Havre est réalisé sous la direction artistique de Jean BLAISE et coordonné par le « GIP Le Havre 2017 », composé de la Ville du Havre, de la Communauté de l’Agglomération Havraise, du Grand Port Maritime du Havre, de la Chambre de Commerce et d’Industrie Seine-Estuaire, du Département de Seine-Maritime et de l’Université du Havre.
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