"On n'est pas sérieux quand on a 50 ans"

du 15 octobre 2011 au 29 janvier 2012

" Il n'y a pas une maison comme celle-ci au monde, ni même au Brésil, ni en Russie, ni aux Etats-Unis. Souvenez-vous Havrais, que l'on dira que c'est ici que tout a commencé », André Malraux, discours d’inauguration du Musée-Maison de la Culture, le 24 juin 1961.

"1961. Construire le musée imaginaire" n’est pas une exposition historique. Et encore moins une commémoration nostalgique. Il faudrait plutôt le considérer comme une salle d’embarquement pour un voyage dans cette année 1961 qui a vu la naissance d’un lieu portée par l’utopie d’un accès de toute la culture à tous les publics.

1961. Construire le musée imaginaire

Du 15 octobre 2011 au 29 janvier 2012

C’est dans l’espace du musée restitué à sa transparence d’origine donc à son dialogue immédiat avec la ville, la rue et ses habitants, que les visiteurs pourront découvrir les œuvres du sculpteur Henri Georges-Adam, grande figure du paysage artistique des années 1950 et 1960, et auteur du Signal qui se trouve sur le parvis du musée. Des sculptures, gravures et photographies évoqueront la genèse de cette œuvre monumentale conçue en dialogue avec les architectes du musée.

Le musée originel, sa construction et la muséographie totalement en rupture, par sa totale flexibilité, avec les conventions de l’époque, seront évoquées par les superbes photographies de Véra Cardot et Pierre Joly, photographes et historiens de l’architecture qui ont sillonné la France de la Reconstruction et laissé des reportages photographiques dont les qualités plastiques dépassent largement la valeur documentaire.

Les œuvres contemporaines acquises par Reynold Arnould, maître d’œuvre du projet du musée, regagneront les cimaises qu’elles occupaient à l’ouverture du musée. Fernand Léger, peintre emblématique des constructeurs et de la vie ouvrière, mais aussi des artistes de la nouvelle Ecole de Paris tels Estève, Manessier, Stahly, Lanskoy, ou encore Zoran Music et Zao Wou-Ki seront présents dans les salles.

Mais le musée était plus qu’un musée, c’était une maison ouverte à la vie, à la musique, aux livres et l’actualité ou l’on pouvait flâner, pour véritablement prendre le temps de regarder une œuvre ou le paysage par-delà les baies vitrées, s’asseoir pour lire ou regarder un film. Ces petits salons qui rythmaient l’espace seront de nouveau installés, autour de tables basses ou seront proposées des vidéos d’actualités et une sélection de publications parues en 1961. Car le musée n’est ni hors du temps ni hors du monde, et le premier homme dans l’espace tout comme le premier volume d’Astérix, les Cent mille milliard de poèmes de Raymond Queneau ou le paquebot France qui part du Havre à destination de New York où Bob Dylan fait son premier live, c’est aussi 1961 !

Joseph Abram, « Musée Malraux », Chefs-d’œuvre ? Architectures de Musées. 1937-2014, Centre Pompidou-Metz, 2010, pp. 68-71

« Le Musée-maison de la culture du havre se situe si près de la Mer – au bas de la tour radar – que les transatlantiques qui entrent dans le port passent à cinquante mètres de lui. La sculpture monumentale (Le Signal) de H.G. Adam, sur le parvis ouest, toujours visible de l’intérieur de l’édifice, répond étroitement, grâce à son évidement central, au souci permanent de faire participer le ciel, l’animation du port à la vie intérieure du lieu. Le choix du site avait signifié, à l’avance, ce désir. L’architecture y a répondu par une transparence servant la volonté de créer un volume libre d’entraves, dont la souplesse d’emploi répondrait efficacement à des besoins d’une multiple diversité. Les matériaux utilisés s’imposaient alors pour sa construction : d’abord la glace qui assure librement le passage de la lumière, puis l’aluminium et l’acier. Transparence et flexibilité, disponibilité des surfaces sont les caractéristiques de l’édifice. Les résultats obtenus l’ont été grâce à un exceptionnel et amical travail d’équipe ».

C’est en 1952, alors que la reconstruction de la ville bat son plein, qu’est mise à l’ordre du jour l’édification d’un nouveau musée des beaux-arts. L’ancien musée avait disparu lors des bombardements de 1944, entraînant dans sa ruine la plupart des sculptures. Mais la riche collection de tableaux (1500 toiles parmi lesquelles d’importantes œuvres impressionnistes), transférée en lieu sûr, a été épargnée

Pour Georges Salles, directeur des Musées nationaux, il ne peut être question de construire un nouvel équipement sans une réflexion radicale sur la fonction du musée. Soucieux de ne rien laisser au hasard, il vient visiter Le Havre. Déçu par la reconstruction, il s’apprête à repartir pour Paris lorsque Reynold Arnould (le futur conservateur du musée) lui propose de visiter une école métallique que Guy Lagneau vient d’achever, avec ses associés Michel Weill et Jean Dimitrijevic, sur les hauteurs de la Ville. « Le lendemain, Arnould se présentait à mon bureau pour m’annoncer la décision de me confier l’étude du musée », raconte Guy Lagneau.

C’est l’implication du commanditaire dans la définition du programme qui confère au projet son caractère expérimentale. Salles et Arnould mettent au point le concept de musée-maison de la culture. « Sans leurs conseils », explique Guy Lagneau, « il n’eût pas été possible de développer le parti adopté ». Il s’agit de rompre avec la notion de « musée sanctuaire », qui soustrait l’art au «  mouvement de la vie », afin de créer un « organisme vivant » permettant « un acte de création continue ». Lieu de confrontation des « formes les plus hautes de la culture », le musée doit « stimuler la recherche » et « faciliter les échanges » dans la proximité des chefs-d’œuvre.

Les études sont conduites de décembre 1955 à août 1957. Aux architectes sont associés Jean Prouvé et trois ingénieurs : Bernard Laffaille, René Sarger et André Salomon. Le concept du musée est clairement exprimé dans le diagramme de Guy Lagneau publié en 1962.

Le projet ne fait pas l’unanimité. « Nous avions accumulé contre nous l’hostilité de presque tout le monde. Pour obtenir les crédits, il nous fallait l’accord des Bâtiments de France. On nous avait convoqués pour la présentation du projet en commission. Au moment du passage, l’on appelle Salles et Arnould, et l’on me prie de rester. La réaction de Georges Salles fut immédiate. « Ou je viens avec l’architecte, ou pas du tout ! » On me laissera entrer. Le rapport fut négatif en tout point. Salles se leva : « L’architecte ne dira rien. Nous en  avons entendu assez ! » Le lendemain, comme par miracle, le rapport était favorable ».

Le musée réalisé est très proche du concept d’origine. Grand parallélépipède d’acier, d’aluminium et de verre, posé sur un socle technique en béton, il s’ouvre largement vers la mer. L’espace intérieur est fluide. Les photographies d’époque montrent comment les architectes ont cherché, jusque dans le système d’accrochage, l’osmose avec le site. Les tableaux fixés sur des nattes semblent flotter dans la lumière de la mer.

En 1967, le Musée-Maison de la culture perd sa bipolarité. La flexibilité totale n’est plus nécessaire. Lauréat du concours lancé en 1995 pour la restructuration du musée, l’atelier Beaudouin est parvenu à améliorer la fonctionnalité de l’édifice tout en revalorisant ses spécificités architecturales et paysagères.

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