Pissarro dans les ports

du 27 avril au 29 septembre 2013

Satisfait du succès de ses vues du port de Rouen, Pissarro cherche un nouveau site à peindre. Après des vacances estivales en 1899 à Varengeville puis à Berneval l'année suivante, il se rend dans le port de Dieppe en 1901 et 1902.
Pissarro à Dieppe, par Hélène Leroi
Lors de son premier séjour, Pissarro s'installe dans le centre historique, à l'hôtel du Commerce, situé face au portail nord de l'église Saint-Jacques et peint neuf tableaux représentant l'édifice gothique à différents moments de la journée et la place du marché.
 
Camille PISSARRO (1831-1903), L’Avant-port de Dieppe, après-midi, temps lumineux, huile sur toile, 54 x 65 cm. Collection particulière. © Westimage
Camille PISSARRO (1831-1903), L’Avant-port de Dieppe, après-midi, temps lumineux, huile sur toile, 54 x 65 cm. Collection particulière. © Westimage
L'année suivante, à la veille de son départ pour Dieppe, il écrit : « Dieppe est un endroit admirable pour un peintre qui aime la vie, le mouvement, la couleur. J'y ai des amis, et je connais les motifs que j'aimerais faire ». Délaissant le quartier historique, il se tourne vers le port et loue une chambre au 7, arcades de la Poissonnerie de manière à pouvoir varier ses motifs. De son poste d'observation, il peut balayer du regard le paysage, particulièrement le quai Duquesne, depuis l'avant-port et le marché aux poissons jusqu'au bassin Duquesne. « Mes motifs sont très beaux, écrit-il, la Poissonnerie, l'avant-port, le port Duquesne, le Pollet, par la pluie, le soleil, les fumées ».
 
Camille PISSARRO (1831-1903), Darse de pêche, Dieppe, temps gris, pluie, 1902, huile sur toile. © Worcester Art Museum, Stoddard Acquisition Fund in memory of Mr and Mrs Robert W. Stoddard
Camille PISSARRO (1831-1903), Darse de pêche, Dieppe, temps gris, pluie, 1902, huile sur toile. © Worcester Art Museum, Stoddard Acquisition Fund in memory of Mr and Mrs Robert W. Stoddard
Le port de Dieppe par sa configuration particulière, quelque peu enclavée dans le site bordé de falaises, offre un répertoire renouvelé à Pissarro. Les navires à voiles ou les bateaux à vapeur se mêlent aux ferries assurant la liaison avec l'Angleterre. Véritable port de mer, les bassins se remplissent ou se vident, fournissant au peintre de nouvelles variations d'un même sujet. Le chemin de fer arrive directement sur le port, déversant chaque jour des flots de voyageurs, qui dessinent, sur l'espace bien dégagé des quais, des attroupements singuliers, sujet de toutes les attentions de l'artiste. Comme à Rouen, Pissarro recherche la variété des effets atmosphériques. Les changements très fréquents de la météorologie lui offrent une matière riche, même si le mauvais temps de cet été-là rend son travail plus difficile. « Il fait ici un temps désespérant, heureusement, je possède une fenêtre sur les bassins qui me permet de travailler quand même » écrit-il, s'exclamant : « c'est beau tout de même, les effets fugitifs sont admirables, aussi ai-je un mal fou à les suivre ».
 
Camille PISSARRO (1831-1903), L'Avant port de Dieppe, après midi, soleil, 1902, huile sur toile, 53,5 x 65 cm. Dieppe, château-musée. © Ville de Dieppe / BL Legros
Camille PISSARRO (1831-1903), L'Avant port de Dieppe, après midi, soleil, 1902, huile sur toile, 53,5 x 65 cm. Dieppe, château-musée. © Ville de Dieppe / BL Legros
Ce second séjour dieppois (10 juillet au 30 septembre 1902) est particulièrement productif pour l'artiste qui peint vingt toiles. Quelques jours avant son départ, satisfait de l'accueil qui lui a été réservé et encouragé par le collectionneur Gustave Cahen, Pissarro offre de manière exceptionnelle une peinture, L'avant-port de Dieppe, après-midi, soleil, au musée de la ville.