VALLOTTON, Le Haut-de-forme, intérieur ou La Visite

Félix VALLOTTON (1865-1925), Le Haut-de-forme, intérieur ou La Visite, 1887, huile sur toile, 32,7 x 24,8 cm. © MuMa Le Havre / David Fogel
Félix VALLOTTON (1865-1925)
Le Haut-de-forme, intérieur ou La Visite
1887
huile sur toile
32,7 x 24,8 cm
© MuMa Le Havre / David Fogel
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Dans cette peinture d’intérieur, Vallotton reste apparemment fidèle aux ambitions réalistes qui ont jusque là gouverné la construction de ses portraits. La Visite, sous des apparences de plate objectivité – cette volonté de tout dire qui hante les débuts de l’artiste –, poursuit cette exploration de la construction plastique et inaugure, un peu avant l’heure, l’ironique déformation spatiale que Vallotton exploitera pleinement dans son époque nabie.

Dans ce tableau où rien ne se passe, où rien ne se devine vraiment, Vallotton introduit aussi quelques altérations destinées à modifier la perception de l’espace. Le fait s’avère particulièrement probant dans la partie droite de l’œuvre où, insensiblement, le peintre estompe l’angle du mur qui finit par disparaître derrière le dossier de la chaise. Les véritables lignes directrices de ce côté de la toile sont le chambranle de la porte et la plinthe qui borde le mur. À l’une et à l’autre, Vallotton inflige une telle distorsion que l’angle du mur disparaît au profit du chambranle et de la plinthe qui se rejoignent au coin de la pièce.

Mais surtout, en faussant la perspective de la plinthe, le peintre détermine une ligne de fuite qui, prolongée, traverse de part en part le haut-de-forme pour venir s’ancrer en plein centre de la composition, sur le pêne de la porte. Pour renforcer, si besoin était, cet effet attractif du pêne, l’artiste a recours à une deuxième ligne de fuite qui prend naissance à l’intérieur de la baguette supérieure du cadre exagérément penché au-dessus de la chaise et aboutit, elle aussi, au même endroit sur la serrure. Quant à la canne négligemment appuyée sur la chaise, elle indique la direction de l’angle du cadre doré.

La construction de l’œuvre est ainsi parfaitement maîtrisée, chaque objet occupe une place inamovible et notamment la porte dont l’ouverture ne saurait être ni plus grande ni plus petite, sans mettre en péril tout l’équilibre et toute la logique de la composition. Celle-ci enferme chaise, chapeau et canne dans l’exact quart inférieur droit de la toile. L’œil, une fois attiré sur le point focal de la composition – attrait que facilite encore l’intense luminosité que révèle l’ouverture de la porte –, est conduit jusqu’au véritable sujet de l’œuvre : le chapeau haut-de-forme.

Entre sa faculté à restituer une ambiance intimiste et son efficacité à refléter les mœurs de l’époque, tout cela avec une réelle économie de moyens et déjà cette sécheresse d’expression qui ne quittera guère l’artiste, cette œuvre annonce avec un peu d’avance le meilleur de l’œuvre de Vallotton.

Œuvres commentées : Après l’impressionnisme (16)

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