ARNOULD, Cracking

Reynold ARNOULD (1919-1980), Cracking, vers 1958-1959, huile sur toile, 97,5 x 98 cm. Le Havre, musée d’art moderne André Malraux. © 2015 MuMa Le Havre / Charles Maslard
Reynold ARNOULD (1919-1980)
Cracking
vers 1958-1959
huile sur toile
97,5 x 98 cm
Le Havre, musée d’art moderne André Malraux
© 2015 MuMa Le Havre / Charles Maslard
Raffinerie Esso de Port-Jérôme (Seine Maritime), extrait de Documentation pédagogique. Revue mensuelle d’éducation et d’enseignement, n° 37, février 1954 26,7 x 20,8 cm. Collection Rot-Vatin. Cliché Esso
Raffinerie Esso de Port-Jérôme (Seine Maritime), extrait de Documentation pédagogique. Revue mensuelle d’éducation et d’enseignement, n° 37, février 1954 26,7 x 20,8 cm. Collection Rot-Vatin. Cliché Esso
Le cracking ou craquage est une technique de raffinage pétrolier permettant d’obtenir plus de produits légers (essences) que la simple distillation, en cassant (« craquant ») les molécules d’hydrocarbure en portant le pétrole à haute température en présence d’un catalyseur. Le procédé est mis au point dans les années 1930. La raffinerie Esso de Port-Jérôme, inaugurée en 1934, comprenait dès l’origine trois batteries de cracking. Cette usine, incendiée lors de l’avancée des troupes allemandes en juin 1940, est reconstruite après la guerre. Quand Reynold Arnould fait son tour de la France industrielle à la fin des années 1950, cette raffinerie est une des plus modernes de France et l’unité de cracking dont elle dispose est considérée comme une installation de pointe.[1]
 
Reynold ARNOULD (1919-1980), Cracking (raffinerie de Port-Jérôme), vers 1957, feutre sur papier, 39 x 35 cm. Collection Rot-Vatin. © cliché S. Nagy
Reynold ARNOULD (1919-1980), Cracking (raffinerie de Port-Jérôme), vers 1957, feutre sur papier, 39 x 35 cm. Collection Rot-Vatin. © cliché S. Nagy
Un croquis préparatoire à Cracking permet de conclure que ce tableau, numéroté 114 au catalogue de Forces et rythmes de l’industrie (1959), une exposition de Reynold Arnould, a été inspiré par une photographie en couleur figurant dans un porte-folio pédagogique de la Documentation française datant de 1954[2]. La confrontation entre la photographie et le premier croquis très réaliste et entre ce croquis et l’huile finale permet de saisir le travail d’abstractisation du peintre. L’harmonie colorée du tableau, faite de bleus et de blancs adoucis par des gris-roses et des jaunes très pâles, correspond à celle de la photographie, prise lors d’une éclaircie par un temps de passages nuageux. Le tableau est inspiré d’un paysage industriel, mais le travail sur les volumes permet au peintre de dépasser la représentation statique en donnant le sentiment qu’une vie interne s’accomplit à l’intérieur des tubulures de la raffinerie.
 
A la même époque, le sociologue Pierre Naville visite cette même usine à l’occasion des enquêtes qu’il mène alors sur l’automation. D’autres sites sont visités dans les mêmes années par le peintre et le sociologue, l’un et l’autre à la recherche de la modernité industrielle, comme la verrerie de Chantereine dans l’Oise ou l’usine Renault de Flins. Pierre Naville, qui avait participé dans les années 1920 au mouvement surréaliste, a écrit à cette occasion un poème retrouvé dans ses carnets. Son évocation poétique de la raffinerie converge avec la représentation picturale de Reynold Arnould :
 
« Cette couleuvre nouée en python
éclat de corset aluminé étamine
lacis où circule une vie froide
soudain brûlis fusant que nulle autre n’y peut rien
Intelligence thermique … [3]»

[1] Guillaume Auger, « Bilan de la reconstruction en Normandie : 1ère partie la Normandie industrielle et commerciale, Bolbec et sa région », Études Normandes, livraison 16, n° 53, 3e trimestre 1955, p. 365-368 : 367-368.
[2] Documentation pédagogique, n° 37, février 1954, La Normandie, planche n° 5.
[3] Cité in François Vatin et Gwenaële Rot, Reynold Arnould. Une poétique de l’industrie, Paris, Presses universitaires de Nanterre, 2019, p. 67.
Notice établie par François Vatin, auteur avec Gwenaële Rot de l'ouvrage Reynold Arnould. Une poétique de l'industrie, Paris, Presses universitaires de Nanterre, 2019 

Œuvres commentées : XXe siècle (36)

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Reynold ARNOULD (1919-1980), Cracking, vers 1958-1959, huile sur toile, 97,5 x 98 cm. Le Havre, musée d’art moderne André Malraux. © 2015 MuMa Le Havre / Charles Maslard
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Reynold ARNOULD (1919-1980), Espace, 1962, huile sur toile, 129 x 160 cm (avec cadre). Le Havre, musée d'art moderne André Malraux, don d'un collectionneur privé, 1989. © 2015 MuMa Le Havre / Charles Maslard
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Reynold ARNOULD (1919-1980), Mouvement I. 1er état, vers 1958-1959, huile sur toile, 81,5 x 116,5 cm. Le Havre, musée d'art moderne André Malraux.. © 2016 MuMa Le Havre / Charles Maslard
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Léon GISCHIA (1903-1991), Feuilles et fruits sur fond orange, 1949, huile sur toile, 53,8 x 73,2 cm. Le Havre, musée d'art moderne André Malraux, achat de la Ville,1953. © 2011 MuMa Le Havre / Charles Maslard © ADAGP, Paris 2020
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Édouard PIGNON (1905-1993), L'Ouvrier mort, 1952, huile sur papier marouflé sur toile, 75 x 93,5 cm. Le Havre, musée d'art moderne André Malraux, achat de la Ville, 1952. © 2005 MuMa Le Havre / Florian Kleinefenn © ADAGP, Paris 2020
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Jacques VILLON (1875-1963), Trophées au cor, 1952, huile sur toile, 38 x 55 cm. Le Havre, musée d'art moderne André Malraux, achat de la Ville, 1953. © MuMa Le Havre / Florian Kleinefenn © ADAGP, Paris 2020
ZAO Wou-Ki (1920-2013), Growing, 1956, huile sur toile, 54 x 65 cm. Le Havre, musée d'art moderne André Malraux, achat de la Ville, 1956. © 2005 MuMa Le Havre / Florian Kleinefenn © ADAGP, Paris 2020
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WALCH Charles (1896-1948), Vol et voile, 1947, huile sur toile, 72,8 x 92,2 cm. Le Havre, musée d'art moderne André Malraux, don en 1964. © 2015 MuMa Le Havre / Charles Maslard