Peintres

Claude MONET (1840-1926), Portrait présumé d'Eugène Boudin, crayon noir, 30 x 22 cm. Don Michel Monet, 1956. © Honfleur, musée Eugène Boudin / Henri Brauner
Claude MONET (1840-1926), Portrait présumé d'Eugène Boudin, crayon noir, 30 x 22 cm. Don Michel Monet, 1956. © Honfleur, musée Eugène Boudin / Henri Brauner
Les premiers biographes de Boudin ont insisté sur l’amitié de ce dernier avec les peintres d’avant-garde : Gustave Courbet (1819-1877), Johann Barthold Jongkind (1819-1891) et Claude Monet (1840-1926). Sa correspondance montre qu’il fut lié, plus ou moins intimement, avec beaucoup d’autres. Certains, tels Auguste Berthoud (1829-1887) ou Otto von Thoren (1828-1889), sont aujourd’hui à peu près méconnus. Pourtant, ils jouèrent un rôle important dans la vie et dans la carrière de Boudin.

Son admiration première va à Camille Corot (1796-1875), dont il acquiert une petite étude, et aux peintres de l’école de Barbizon. Jean-François Millet (1814-1875) fut son premier conseiller et il entretint des relations privilégiées avec Constant Troyon (1813-1865). Il rencontre plus ou moins fréquemment Charles Daubigny (1817-1878), Narcisse Diaz (1808-1876) et Charles Jacque (1813-1894). S’il mentionne des œuvres de Théodore Rousseau (1812-1867), on ignore s’il le rencontra.

Les épigones du réalisme sont souvent négligés, bien que leur rôle ait été important. La solide amitié avec Théodule Ribot (1823-1891) traversera les années et se transmettra à Antoine Vollon (1833-1900), un élève de Ribot. La fille d’Amand Gautier (1825-1894) a décrit dans ses souvenirs l’atmosphère des soirées passées chez les Boudin.

Boudin apprécie « la bande des difficiles, Fantin, Manet » [à Amand Gautier, 1865]. Les relations avec Édouard Manet (1832-1883) sont assez mal connues, mais certaines. Boudin dédicace une petite peinture de 1866 « à Mme Eug. Manet », probablement Eugénie Manet, la mère du peintre. Henri Fantin-Latour (1836-1904) écrira : « J’ai lu bien des choses sur la mort de Boudin ; on ne lui a pas encore donné la place qu’il mérite. Je l’ai peu connu, mais depuis l’exposition de 1863 je l’ai toujours bien admiré » [21 août 1898, Fondation Custodia].

J. Mc Neil Whistler (1834-1903) et Boudin travaillent ensemble à Trouville en 1865. En 1892, lorsque Boudin reçoit la Légion d’honneur, Whistler l’en félicite. Boudin lui répond : « j’y suis d’autant plus sensible qu’elles me viennent d’un peintre dont, depuis bien longtemps, j’ai appris à admirer les travaux » [été-automne 1892, Glasgow University Library]. Boudin ne pouvait qu’être sensible à l’harmonie du travail du peintre américain. Boudin cerne bien la personnalité de Degas (1834-1917) : « C'est un esprit quinteux et qui ne dit jamais sa façon de penser... Il fait semblant de vider son sac, mais c'est un charmant farceur plein de controverses » [à Braquaval, 15 octobre 1896]. Il correspond également avec Alfred Stevens (1828-1906).

S’il participe à la première exposition impressionniste, Boudin ne se considéra jamais comme tel : « Durand-Ruel est très occupé de ses impressionnistes dont l’exposition a lieu en ce moment » [20 mars 1882]. L’esprit de rivalité, qui minait le groupe, était étranger à la mentalité de Boudin. Il considéra Monet comme son élève, à juste le titre. Il ne revendiqua toutefois aucune influence sur les impressionnistes. Ceux-ci se gardèrent de mentionner leur dette à l’égard de Boudin.
En revanche, les naturalistes, Ernest Duez (1843-1896), Ulysse Butin (1838-1883), Jean-Charles Cazin (1841-1901), Adolphe Marais (1856-1940) ne cachent pas leur admiration pour Boudin, de même que Paul Helleu (1859-1927).

Tout semble opposer Boudin à son exact contemporain, Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898). Pourtant, les deux hommes s’apprécient. Boudin appelle Puvis « le grand peintre » et ce dernier acquiert une œuvre de Boudin, qu’il « complimente sur [s]a verve et le ciselé de [s]a touche » [à Braquaval, août 1889, collection particulière]. Puvis remettra à Boudin la Légion d’honneur.
 
Sauf mention contraire dans le texte, toutes les citations sont extraites de la correspondance d’Eugène Boudin conservée à l’Institut national d'histoire de l'art (INHA).