Les « grands noms » de la photographie

Hippolyte BAYARD (1801-1887)

Hippolyte Bayard (1801 - 1887)
Hippolyte Bayard (1801 - 1887)
Homme de la génération des Brébisson et Humbert de Molard, de ceux que l’apparition de la photographie a saisis dans une vie déjà bien engagée, Bayard est à la fois le plus ignorant au départ, clerc de notaire puis employé de bureau à Paris avec des amis peintres et comédiens, et celui que l’histoire retiendra comme l’un des inventeurs de la photographie. Retenons par rapport à l’histoire de la photographie en Normandie que Bayard échange très tôt, autour de 1845, avec Humbert de Molard convaincu par lui que l’avenir de la photographie est dans le procédé sur papier. Les vues qu’il prend de Normandie se limitent certainement à sa commande dans le cadre de la Mission héliographique durant l’été 1851, l’année de création de la Société héliographique à Paris et celle de la mort de Daguerre. Inventeur malheureux et controversé dès 1839, Bayard voyait dans cette commande une reconnaissance voire une réhabilitation. De ce séjour, très peu d’épreuves sont connues et localisées. L’hypothèse avancée par Anne de Mondenard, historienne de la photographie et reprise par tous les historiens depuis 20 ans est que ses épreuves étant plus petites et moins réussies que celles des autres photographes de la mission, Le Gray, Le Secq, Mestral et Baldus : le susceptible et secret inventeur garda ses épreuves pour lui et n’en diffusa que parcimonieusement quelques-unes.

Hippolyte FIZEAU (1819-1896)

Fils de Louis Aimé Fizeau, médecin professeur à la faculté de Paris, Hippolyte est jeune physicien, spécialiste de la lumière et passionné de photographie quand il réalise les tout premiers daguerréotypes représentant Le Havre en 1840. Il dépose l’année suivante un brevet de reproduction photomécanique à partir de ses daguerréotypes. En 1845, il réussit à photographier le soleil avant de théoriser l’effet Doppler-Fizeau en 1848, puis de mesurer la vitesse de la lumière. En photographie, il est le premier à utiliser le chlorure d’or pour fixer l’image du daguerréotype. Pierre Lambert sauva de la destruction en 1936 une partie des archives photographiques de Fizeau lors de la dispersion du château de La Ferté-sous-Jouarre.

Gustave LE GRAY (1820-1884)

Le Gray est sans conteste l’un des grands photographes du xixe siècle aussi bien pour ses découvertes (négatif sur papier ciré sec, négatif sur verre au collodion) déclinées dans quatre manuels, que pour sa maîtrise technique des procédés les plus complexes (négatifs de grande taille, doubles négatifs, maîtrise de l’instantané), que pour son immense talent artistique appliqué à tous les sujets (portraits, paysages, marines, vues d’architecture…). Pendant la seconde partie des années 1850, il se rend célèbre pour ses marines, ses vues de port et de bords de mer. Réalisées en Normandie à partir de 1856, elles provoquent l’admiration de la critique et du public international. En Normandie c’est particulièrement Le Havre et Sainte-Adresse qu’il représente en 1856, puis Cherbourg en 1858 lors de l’inauguration du port et de la gare par le couple impérial.

Henri LE SECQ DES TOURNELLES (1818-1882)

Henri LE SECQ DES TOURNELLES (1818-1882)
Henri LE SECQ DES TOURNELLES (1818-1882)
Le Secq forme avec Gustave Le Gray et Charles Nègre (1820-1880) un groupe de jeunes artistes élèves de Paul Delaroche, qui à la fin des années 1840, se sont lancés dans la photographie dans le but ambitieux d’en faire une forme d’expression artistique. Il continue néanmoins une oeuvre picturale qu’il expose au Salon, de 1842 à 1869. Le Secq comme Le Gray est membre fondateur de la Société héliographique et l’un des photographes choisis pour la Mission héliographique de 1851. Son oeuvre est réalisée sur une dizaine d’années principalement à partir de négatifs sur papier. Ses grands paysages, natures mortes, vues d’architectures et vues urbaines sont impressionnants mais il excelle aussi dans les petits portraits et scènes de genre. On ignore dans quelles circonstances il se rendit vers 1854 à Dieppe pour un séjour dont il rapporte de grands calotypes : études de bateaux de pêche dans le port, maisons pittoresques, pigeonnier, falaises. Après 1860, Le Secq délaisse la photographie pour le collectionnisme : peinture, gravure et surtout une extraordinaire collection d’objets et d’oeuvres en ferronnerie.

Hippolyte MACAIRE (1804-1852)

Installé à l’été 1850 sur la jetée nord, au Havre comme artiste peintre, il s’associe avec son frère photographe, Louis Cyrus, à son retour d’Amérique. Tous les deux sont recensés comme daguerréotypistes dans les Annuaires du commerce (1851-1852). Les deux frères sont à l’origine de l’instantanéité appliquée à la photographie de marine, leur réalisation étant présentée en 1851 à l’Académie des sciences.

Louis Cyrus MACAIRE (1807-1871)

Photographe itinérant entre New York, Kingston (Ontario), Québec, Montréal, il quitte New York en 1850 pour rejoindre au Havre son frère Hippolyte. À la mort de ce dernier en 1852, il reprend l’atelier de la jetée nord et s’associe à son autre frère Jean-Victor Warnod. Tous deux fondent en 1853 à Paris, l’établissement « Macaire, Warnod et cie » chargé de développer un musée général de photographie. Les dernières années de Louis Cyrus sont consacrées à commercialiser ses produits et procédés par l’intermédiaire d’un mensuel paraissant le 15 du mois, fondé en 1868 : le Rayon bleu. Journal des photographes. Signant ses articles L. M. Cyrus, il y distille ses conseils techniques et y partage sa vision de la photographie. En 1870, il n’est plus photographe établi, mais huit de ses photographies sont acquises par l’État au profit de la loterie de la société Saint-Vincent de Paul de Chartres au profit des pauvres.

John RUSKIN (1819-1900)

 
Formé à Oxford, l’aisance financière familiale, issue du commerce de l’alcool, permet à John Ruskin de se consacrer à sa passion pour l’art et l’écriture. Voyageur à travers l’Europe,
Ruskin séjourne à huit reprises entre 1835 et 1880 en Normandie de Eu au Mont-Saint- Michel. Attiré par l’architecture médiévale, le gothique et le pittoresque, il publie The seven lamps of architecture en 1849. Ami et exécuteur testamentaire du peintre William Turner, collectionneur d’art, il s’adonne également à la photographie, réalisant dès 1846 des daguerréotypes dans les Alpes. À Rouen, ses vues de la cathédrale (1854) témoignent de son admiration pour l’édifice. La ville devient une étape incontournable : les Anglais, tels James Edward Nightingale qui en présente des vues à l’exposition de Londres en 1858, l’architecte écossais Charles Kinnear à Glasgow et Aberdeen en 1859 ou Robert Howlett à Londres en 1859.

Henry Fox TALBOT (1800-1877)

Mathématicien, érudit, scientifique, ce pionnier de la photographie est indissociable de l’invention du calotype ou talbotype en 1841 : à partir d’un négatif papier, il obtient une image positive. Ses recherches contemporaines de celles de Daguerre en France, aboutissent à un procédé différent permettant la reproductibilité de l’image obtenue. En 1844, il publie The Pencil of nature, premier livre à être illustré de photographies. En 1852, il met au point un procédé de photogravure en vue de reproduire les images via l’imprimerie. Dans le but de faire reconnaître en France son invention, sur le chemin de Calais à Paris, il séjourne à Rouen en 1843, où il réalise les premiers calotypes de la ville : vues du Palais de justice, du pont suspendu, de la Seine et du port, depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel.

Jean-Victor WARNOD (1812-1892)

Troisième des frères Macaire, Jean-Victor qualifié de commerçant, devient professeur et maître de pension puis éditeur associé à Hetzel. Pour se démarquer de ses frères, il obtient en 1847 de substituer à son patronyme celui de sa femme, Warnod. Sous ce nom, il signe des écrits politiques républicains en 1848, comme secrétaire spécial du club démocratique central de la garde nationale, à Paris. Après le dépôt en 1850 d’un brevet de « Système d’annonces », il s’associe au Havre à son frère Louis Cyrus en 1852 pour reprendre l’atelier de la jetée nord créé par leur aîné Hippolyte. Tous deux fondent à Paris, en 1853, l’établissement « Macaire, Warnod et cie » chargé de développer un musée général de photographie. Warnod se retire en 1855 pour investir dans l’exploitation charbonnière. En 1858, il crée un atelier photographique au Havre sur la jetée. Warnod poursuit son activité jusqu’en 1865. Nadar classe Warnod parmi « les primitifs de la photographie » et rappelle qu’il participa à l’exposition de Paris au Palais de l’industrie, en 1855 : « On ne saurait omettre les impeccables positifs sur verre de Warnod. Mais quoi : Warnod était un esthète éminent, écrivain de réelle valeur ».